50ème Festival de Cannes

Une Histoire sur la Croisette, Cannes 1997

Période pleine d’espoir lors de ce 50ème festival de Cannes, le rouge et le jaune de la Palme du festival sont omniprésents partout dans la ville.

Les marches sont prêtes à recevoir son public, ses stars, son cinéma international.

Le film de Luc Besson, le 5ème élément ouvrira le bal, Isabelle Adjani cette année-là, présidera le jury pour ce festival de 1997.

Le décor est planté, les paillettes scintillent.

– moteur !

J’ai eu la chance d’être présent, exposant à côté de l’artiste David Farsi, dans le marché du film. Nous avions durant plus de six mois fait les préparatifs pour cet événement.

L’espace est prêt pour accueillir notre installation, sous les chapiteaux qui constituent le lieu pour le marché du film international.

Il est juste accolé derrière le bâtiment principal du festival, où se trouvent ces fameuses marches revêtues de tapis rouge qui font leurs renommées.

Accoudés à la rambarde de la terrasse du restaurant du marché du film, nous observons le port, la mer, avec une vue imprenable sur les hauteurs de Cannes.

Nous attendons notre transporteur. Il débarque nos caisses enfin avec un peu de retard. Nous avons deux jours de montage ; le temps presse, il faut se hâter, tout installer, être prêt pour le démarrage du festival.

Il faut positionner le décor pour notre exposition, implantée dans le cœur du festival, cœur du film international : le marché du film.

Nous l’avons conçu pour accueillir et faire découvrir notre art. Tout est positionné : les fauteuils, les sièges, les tables basses, les plantes, les socles, le grand tableau de David et nos sculptures que nous avons voulu brillantes d’or et d’argent, pour que tout cet ensemble face son effet.

Tout est en place !

Sous l’effervescence du jour d’ouverture, nous sommes bien assis dans un fauteuil où nous attendons les premiers visiteurs. Nous avons la vue sur l’extérieur, en terrasse ; le soleil nous sourit, la mer bleue au loin nous rappelle que nous sommes bien à Cannes.

Maintenant le flot de personnalités du monde entier, cinéastes, réalisateurs, producteurs, journalistes, acteurs, pourront faire leur business et réaliser leurs interviews écrites, audio, filmées.

A nous de jouer ! Ça tourne !

Je pourrai raconter pleins d’anecdotes de toutes sortes durant cette période de festival. Il y a eu des joies, des rêves, de l’espoir, du désespoir aussi. Mais je préfère conter toutes celles qui m’ont marquées et suivies toutes ces dernières années ; les rencontres, celles qui font  la magie de la vie, la magie de ce festival, qui m’ont aussi construit.

Celles furtives, des acteurs, réalisateurs, journalistes, hommes politiques, où tout le monde veut voir, se montrer ou être vu lors du festival.

Une rencontre d’émotions, avec l’acteur Jack Palance dont j’avais été émerveillé des années auparavant dans le film Bagdad Café.

Je suis resté lors de son interview à l’observer, son visage buriné, marqué par le temps mais où l’on pouvait ressentir de la bonté.

Présent à l’interview d’Alan Parker, toujours impressionné par ce réalisateur dont beaucoup de ses films m’ont marqué.

Ces films m’ont donné l’évasion, et surtout donné l’inspiration : Midnight Express, Fame, Pink Floyd The Wall, films mythiques de toute une génération, Birdy, jeux d’acteurs magistraux et entre autre, The Commitments dont la Bande originale m’a souvent accompagnée dans mes coup de crayons et de pinceaux…

La rencontre amusante avec Jean Paul Gaultier, que j’ai d’abord croisé, reconnu mais je n’ai pas eu le cran de l’aborder.

Après dix secondes d’hésitation je fais demi-tour, je me mets à le suivre toujours avec la même hésitation. Il remarque que je le suis, augmente la cadence de ses pas, moi la mienne pour le rattraper. Je m’arrête pensant que je dois lui faire peur puisqu’il accélère à mon approche.

Et puis zut! J’y vais même si il m’impressionne je n’aurais pas deux fois l’occasion de lui parler. Alors je repars d’un pas décidé vers lui pour l’aborder.

Arrivé à sa hauteur, je vois bien qu’il a un moment de questionnement, gentil ou méchant le monsieur ? Vu mon gabarit, il était en droit de se poser une telle question !

Je bafouille… »Heu… pourriez-vous me donner un autographe ?

Avec un grand sourire, il me répond « oui », je lui tends une de mes cartes de visite pour lui apposer sa signature au dos.

J’en profite pour lui proposer de venir voir mon travail exposé, mais gentiment toujours avec le même sourire, il me répond qu’il ne pouvait pas par manque de temps.

Il me redonne ma carte où je m’aperçois que non seulement il l’avait signé mais aussi accompagné d’un dessin! Super heureux comme un môme à qui on avait donné une belle image en récompense d’un bon devoir. Il reprit sa route, moi la mienne. Cela a été le seul autographe que j’ai demandé de tout le festival, je le garde précieusement : il me donne toujours le souvenir honorifique de cette belle rencontre.

Le lendemain, assis au restaurant où nous buvions un café, le regard sur le ponton face à nous, un bateau luxueux accoste. Au bord de ce ponton un homme attend avec deux vigiles bien bâtis. Une rambarde sort du bateau, une femme en descend, aidé par l’homme sur le quai qui lui tend la main. Et là, une deuxième femme, une troisième, une quatrième, une cinquième, suivent les pas de la première… Les Spice Girls!

Ce fut une découverte pour nous, le temps d’un accostage, rien qu’une minute et  juste le temps pour elles de rejoindre leur limousine. Le jeu de découverte de personnalités au hasard des rues de Cannes fait partie du pittoresque du festival. Tu as vu qui ?

Chaque jour, de nouvelles rencontres, de nouveaux souvenirs.

Le festival bat son plein. Nous apprenons qu’Antenne 2 (France 2 actuellement) prendrait possession de notre décor pour le tournage de deux émissions « le Cercle de Minuit« .

Après la fermeture du soir, l’installation se fait par les techniciens, quelques réglages d’installation se font, on déplace des choses pour donner une atmosphère que veut la production. Les cadreurs installent leurs caméras, tout ce petit monde se pose pour cette postproduction. Les invités,  Laure Adler arrivent pour ce débat.

Le tournage des émissions va pouvoir commencer.

Nous restons discrets sur le lieu du tournage, dans un coin. Nous accédons à des fauteuils libres, nous nous installons et observons, écoutons les allers-retours des questions réponses entre les invités et l’animatrice de ces débats.

De retour de Cannes, nous avons pu voir les émissions enregistrées. Nous avons pu constater que le décor avait bien été mis en évidence, nos sculptures prisent en gros plans, et nous par la même occasion, avons été immortalisés dans cette émission télévisée. J’ai revu quelques passages sur le site de l’INA, le temps passe…

Et puis, depuis plusieurs jours David était en quête d’avoir des billets pour monter les marches du festival. Inconcevable d’être au festival et de ne pas monter au moins une fois ce grand tapis rouge.

Je ne sais plus quel soir, deux heures avant la séance, Eurêka, le saint Graal, il arriva à en avoir trois! Nous nous apprêtions rapidement sur notre trente et un. Beaux comme des sous neufs, nous sommes sortis pour se diriger vers la file d’attente accédant aux marches.

Un agent d’accueil s’approcha de nous et nous dit :  » et votre nœud papillon où est-il ?, Sans cela vous ne montez pas!  »

Ah bon ?! Avons-nous répondu.

Là commença la course poursuite à la recherche du nœud papillon, peu importe la couleur, il nous en fallait un ! Nous avons cherché partout dans les magasins, dans n’importe quelle  enseigne qui pourrait nous délivrer ce fameux sésame.

Un magasin nous renseigna sur un autre et puis autre… enfin trouvé. D’ailleurs il en vendait beaucoup à cette période, il avait un stock en noir, c’était parfait.

Et la course recommença jusqu’au festival,  on reprit enfin la file de queue d’entrée.

Les marches s’ouvrirent enfin à nous, nous attendions notre tour, nous faisions enfin la montée, doucement, en profitant de chaque pas d’ascension vers la porte du paradis cinéma.

En nous retournant plusieurs fois nous prenions conscience de la force médiatique de cet événement. Un attroupement de photographes, de visiteurs étaient arrêtés par un mur de barricades et de barrières. Tout ce  monde  était en continuelle ébullition. Nous en faisions partis, mais pas en tant que spectateurs mais en tant que participants, mélangés avec de vrais acteurs qui eux, n’étaient pas des inconnus.

Moments inoubliables, magiques, tout égoïstement rien que pour soi, ancrés dans notre mémoire.

Nous accédions à la salle, tout en haut, avec une vue imprenable sur ce spectacle qui allait s’ouvrir à nous, pour cette projection unique d’un soir. Nous faisions comme tout le monde avant que nous tombions dans la pénombre, jeux de recherche où nous cherchions quel acteur ou actrice étaient présents comme nous. Le noir arrive et le film commence. J’avoue je ne me rappelle plus de son titre, d’ailleurs nous sortons avant la fin de la projection, appelés ce soir-là vers une soirée prévue à l’extérieur, pour trouver la possibilité de rencontres pour promouvoir notre art. C’était dans un palace de Cannes, le Martinez.

Descendre une dernière fois les marches : notre ami photographe Cyril Bruneau qui nous accompagnait dans ce périple, a immortalisé pour nous cet instant, le petit David tenant une petite reproduction de la Palme. Nous étions les rois du monde, pour un instant, dans cet espace-temps qui n’appartenait qu’à nous.

Conte d’un dernier souvenir, celui-ci effaçant les phares de Cannes pour laisser place à de simples émotions.

Assis à une table à la terrasse du Martinez, un couple avec un enfant, près de nous, proche de la table à côté de la nôtre, nous observait.

Ils regardaient surtout le catalogue de David sur ses œuvres, que je feuilletais et un flyer sur ma sculpture « clair de lune ».

David, s’en aperçu et tendit un exemplaire de son catalogue avec mon flyer à la jeune femme.

David lui expliqua qui nous étions des artistes qui exposions au festival. Nous lui donnions des indications sur sa  réalisation du catalogue, la qualité d’impression, qualité du papier utilisé, imprimé en  sept couleurs, couverture avec gaufrage doré à l’or fin…

La femme le feuilleta doucement, avec délicatesse et attention, en admirant le contenu de chacune des pages, comme un bien précieux. Avec cette lecture, la découverte de notre travail, l’émerveillait. Une fois qu’elle eut fini de le parcourir avec son mari, elle nous redonna le tout. D’abord surpris, nous lui indiquions qu’elle pouvait le garder, mais nous la sentions gêner comme si cela ne pouvait pas lui appartenir.

Alors nous insistions, elle nous regarda et compris que cela était de bon de cœur que nous lui offrions.

Ils nous expliquaient ensuite qu’ils venaient passer la journée à Cannes avec leur fille, pour voir cette magie de la Croisette, provoquée par le festival et finissaient la journée à la terrasse d’un grand hôtel en buvant un diabolo menthe. Et ce moment, nous comprîmes que ce catalogue était pour eux un petit bout du festival qu’ils emporteraient avec eux.

 

Le regard de cette femme inconnue sur ce catalogue pour lequel nous avions tout fait pour qu’il soit exceptionnel, nous a donné plus confiance en ce que nous avions réalisé que toute autre personne durant ce festival.

Nous avons été à ce moment précis, émus, par sa simplicité, sa façon d’être et sa sincérité.

Avec David nous avons souvent évoqué cette histoire, tout simplement pour indiquer, que tout notre public n’est pas forcément lié à un somptueux festival mais à une simple rencontre.

 

La magie est dans l’émotion transmise par chaque art.

Elle nous est aussi transmise par le public qui se penche sur nos créations d’artistes.

La Croisette a son festival international, sa propre magie.

Chaque festival de Cannes est fait d’histoires et celles-ci en font partie. Sans lui nous ne les aurions pas vécues.

Et ce n’est pas du cinéma !

 

Fin

Amimono

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