Quand le fil sculpte l’espace

Article du magazine des Métiers d’Art – Ateliers d’Art N° 166
Quand le fil sculpte l’espace ZOOM

TEXTE DE ROMANE FRAYSSE

Construire un volume avec un simple fil de métal que l’on tord, que l’on courbe, auquel on invente une forme: voilà la quête du sculp­teur filaire qui part d’une économie de moyens, tel le dessinateur avec son crayon. Mais dans cet art du fil, la ligne doit épouser le vide en créant une figure en trois dimensions. Libérée de la feuille plane, Fanny Garrigue habite l’espace d’une foule d’individus, tan­dis qu’Amimono sculpte des silhouettes esquissées dans la rue, comme une fragile halte dans le temps. Aline Campana se plaît, par l’éclairage, à décaler l’ombre de ses portraits afin de leur apporter une vibrante expression. Quant à Armel Barraud, véritable dentel­lière du fer, elle tisse une narration mythologique dans des varia­tions minimales et poétiques.

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Amimono, détail de la sculpture Souvenirs de terrasse de femmes, cuivre peint et support en bois, h. 700 x 1. 700 cm, 2022.  Photos Magazine Ateliers  d’Art – © Amimono.

Aline Campana

Expressivité de la ligne.

Fascinée par les mobiles d’Alexander Calder et initiée à la sculpture sur métal par Klaus Bürgel à New York, Aline Campana abandonne ses recherches en neurosciences pour se consacrer pleinement à la sculpture filaire. En privilégiant le fil de fer recuit, elle conçoit une infinité de figures par la simple courbure d’une ligne noire dans l’espace. « Contrairement au dessin ou à la céramique, le fil de fer me permet de créer des formes qui ne sont ni trop plates ni trop pleines. » Si Aline Campana donne corps à ses personnages au gré des torsions du fer, elle s’inspire de mémoire de ses dessins. Par de simples traits, la créatrice confère à ses portraits une grande expressi­vité. Son jeu se poursuit en entrelaçant des fils de différents diamètres et en les ornant parfois de porcelaine, de coton ou d’encre colorés. Ses sculptures minimalistes prennent vie sous l’éclairage d’une lampe: selon les orientations, leurs ombres les animent et les transforment.

 

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Deux sculptures en dialogue, La Blasée (48 x 15 x 15 cm) et Le Charmeur (79 x 21 x 30 cm), fils de fer de différents diamètres, 2022. Les visages sont réalisés en volume avec un seul et même fil. Photos Magazine Ateliers  d’Art – © Aline Campana.

Fanny Garrigue

Enfant, Fanny Garrigue découvre à la loupe la juxtaposition de points composant la trame d’impression d’un journal. Plus tard, elle s’amuse à fabriquer des broches avec des fils de fer trouvés dans le jardin familial. Ce n’est qu’à la lecture de Vassily Kandinsky, lors de sa maîtrise d’arts plastiques, qu’elle fait le lien entre dessin et volume: «J’ai compris que la répéti­tion des points créait la ligne, celle des lignes créait le plan, et celle des plans créait le volume.» Dès lors, cette grammaire formelle guide son processus créatif: elle commence par dessi­ner un même motif sur papier, recopie plusieurs exemplaires avec du fil de fer recuit, puis les assemble dans l’espace. «J’aime ce matériau facilement modulable, qui garde la couleur du gra­phite et évolue en s’oxydant.» Après un voyage au Bénin, elle réalise notamment la série Foule, une sculpture filaire réu­nissant plusieurs silhouettes humaines, aux visages rieurs et aux corps dansants, qui incarnent une humanité solidaire.

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Foule carrée n°4, fils de fer recuits, h. 72 x I. 80 cm, 2008. Photos Magazine Ateliers  d’Art – © Fanny Garrigue.

Amimono

Une ligne noire esquisse quelques silhouettes à la terrasse d’un café ou sur un muret en pierre, sans jamais révéler les visages. Des scènes universelles de la vie contemporaine qu’Amimono saisit sur le vif en réalisant des croquis sur papier ou tablette numérique. Grâce à une formation en électromé­canique et une initiation aux arts plastiques avec Henri Burin, le créateur sait manier le fil de cuivre afin de transformer ses ébauches en sculptures murales. «J’ai toujours voulu fusionner le dessin et la sculpture dans une même œuvre », confie-t-il. Et pour passer du crayon au métal, un travail d’épuration devient nécessaire: «En trouvant le juste trait, un équilibre se crée entre le dessin, le volume et l’ombre portée », une multiplicité de dimensions à prendre en compte pour que le sujet d’en­semble reste intelligible. Suspendue au mur, l’œuvre nous invite à faire halte auprès de ses personnages dans une scène intime, un instant banal de la vie quotidienne.

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Banc a l’opposé — Paris, cuivre peint et support en bois, h. 140 x 1. 97 cm, 2017. Photos Magazine Ateliers  d’Art – © Amimono.

Armel Barraud

Le fil possède une mythologie bien à lui: il est celui d’Ariane sauvant ‘Thésée du labyrinthe, ou celui des Parques dont dépend le destin de tout être. Chez Armel Barraud, c’est tantôt le fil de laiton, d’acier ou d’argent qui donne la vie entre ses mains. Grâce à la découverte d’un fil d’étain dans la boîte à outils de son père, elle s’intéresse très tôt à ce médium et crée des petites sculptures. Cherchant à tisser un récit en relief, elle se forme à l’art du métal à l’Ensaama, au cinéma d’animation à l’Ensad et à la dentelle à Vila Do Conde au Portugal. Sa pra­tique se diversifie alors autour du métal: «En étant malléable et solide, il permet de dessiner en volume.» Certains motifs sont conçus selon son intuition, en courbant le fil entre ses doigts. Avec ou sans dessin préparatoire, la créatrice confectionne à la main, avec un marteau, des pinces et des fuseaux plus grands que ceux d’une dentellière, des univers poétiques peuplés de créatures mythologiques. Des merveilles de délicatesse.

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La Jungle, fils d’acier, dentelle aux fuseaux, h. 85 x I. 66 cm, 2015. Photos Magazine Ateliers  d’Art – © Arme Barraud.

 

 

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